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C'était cousu de fil rouge. Les gros bonnets de la politique ne pouvaient pas passer à côté d'une telle aubaine. Jouer au petit jeu de qui récupère qui. C'est typique du microcosme médiatico-politique national. Parti de Quimper, le mouvement des Bonnets rouges est en passe d'être affublé de toutes sortes de références. L'histoire est à peine en marche qu'on la refait déjà. Pêle-mêle, les Bonnets rouges sont inféodés à la grande distribution, au lobby des transporteurs routiers, à l'extrême droite, aux poujadistes, au lobby agroalimentaire. Le problème, c'est que nombre d'observateurs calquent leur propre schéma de pensée sur un mouvement qui ne répond pas aux clivages idéologiques et politiques traditionnels en France. Allô. Les Bonnets rouges répondent à une exaspération bretonne avant d'être sociale, référence non pas à une quelconque organisation marxiste (le rouge) ou fasciste (le bonnet telle une tenue d'apparât inspirée des milices). On a tout entendu ? On en entendra plus encore. 

Les bonnets rouges sont une référence aux révoltes populaires du XVIIe siècle contre le Papier timbré, révolte qui eu lieu en Bretagne mais pas seulement. Une fronde anti-fiscale, paysanne, mais aussi girondine avant l'heure, précurseur des révoltes de l'avant 1789, sous Louis XVI. Le mouvement d'aujourd'hui ne s'est pas structuré autour du collectif "Vivre, décider et travailler au pays" pour rien. Là est son essence véritable : celle d'un mouvement revendiquant une plus grande autonomie de décision, une décentralisation plus ambitieuse et surtout plus constructive pour favoriser le développement de l'économie locale. Inspirés du Celib, mouvement de liaison des intérêts bretons dans les années 60, les Bonnets rouges sont portés par le maire de Carhaix Christian Troadec, en pointe il y a quelques années dans la défense du seul hôpital du Kreiz Breizh (Centre-ouest Bretagne), mais aussi par des géographes, des universitaires, des chefs d'entreprise, des élus locaux, des responsables associatifs... 

 

Une fois de plus, les extrêmes jouent la récupération

 

Le mouvement puise donc ses racines à la fois dans une envie de prendre son destin en main et dans une exaspération face à l'incapacité des décideurs nationaux, centraux, à mettre en oeuvre en Bretagne les conditions de la réussite. Aux plans sociaux agro-alimentaires, à l'accouchement d'une souris de l'acte III de la décentralisation, s'est ajouté le cocktail explosif incarné par la mise en place des portiques écotaxe. L'écotaxe est emblématique plus qu'elle n'est la cause du mouvement. Les Bonnets rouges ne cesseront pas d'exister quand bien même le principe de l'écotaxe serait enterré. Le mouvement doit en revanche être très vigilant sur tout risque de débordement et toute infiltration, au sein de ses propres rangs. Le phénomène est déjà perceptible sur les réseaux sociaux.
Là encore, les Bonnets rouges font référence au passé et pensent aux grandes avancées du Celib, du mouvement porté par les producteurs de porcs ou de choux-fleurs du Léon. Ils sont à l'origine même de l'obtention des 2x2 voies, de la mise en eau profonde du port de Roscoff, de la création de la Brittany Ferries, compagnie créée à l'origine pour exporter les marchandises des coopératives agricoles du Finistère nord.
Les discours ambiants, portés par l'extrême droite (Marine Le Pen) ou l'extrême gauche (Jean-Luc Mélenchon), mais aussi par l'autonomisme extrémiste, se rejoignent dans leur interprétation douteuse tout comme celle de Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, quand il affirme qu'à la manifestation de Quimper "il y avait des bonnets rouges mais il n’y avait pas de Bretons, il n’y avait pas de salariés qui se battent pour l’avenir de leur entreprise. Non, il y avait des militants qui voulaient s’en prendre aux valeurs de la République". Que sont ces valeurs, dès lors ? Il conviendrait d'être plus explicite : celles d'entretenir un système d'infantilisation générale, l'Etat central se refusant encore et toujours à traiter ses territoires de façon adulte, responsabilisante, en attendant au fond presque sciemment, tant la méthode semble immuable depuis des décennies, que surgissent les revendications et les crises pour distribuer de l'argent sous forme de rustines, d'expédiants ? Des décennies que les politiques se bornent à cette vision de la République, bien loin de la vaine tentative de régionalisation du général de Gaulle en 1969. La France a raté ce jour-là son entrée dans l'âge adulte. Le courage politique commanderait aujourd'hui de refonder cette régionalisation à l'instar de ce qu'ont fait toutes les grandes démocraties : Etats-Unis, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Canada, Italie, mais aussi Brésil... La France peut-elle restée la seule puissance (moyenne) à l'écart du fédéralisme ? A ranger aux côtés de la Chine. Un fédéralisme qui n'est en aucun cas une revanche de la province sur Paris car l'Ile de France, elle-même, est exsangue, reproduction miniature de ce centralisme. Elle aussi a besoin de ce nouveau souffle.

http://www.20minutes.fr/societe/1248689-20131112-six-familles-bonnets-rouges

http://www.liberation.fr/politiques/2013/11/12/l-extreme-droite-essaie-t-elle-de-se-cacher-derriere-un-bonnet-rouge_946338

http://www.stervlan-mf.info/article-l-ecotaxe-un-revelateur-de-la-centralisation-120893932.html

http://www.slate.fr/story/79713/bonnets-rouges-revolte-postmoderne

http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/atlas/federalisme-dans-le-monde#.UoNIwvn55a4

fédéralisme dans le monde