C'est l'une des grandes énigmes de l'histoire des Bretons : quelle a été l'ampleur des grandes migrations des IVe-VIe siècles depuis les îles britanniques, quelle est la part de mythe dans un mouvement migratoire certes attesté, mais aux contours toujours flous et baignés de légendes entretenues au fil des siècles. 

Malheureusement, rares sont les témoignages de ce qui fut pourtant l'un des plus importants mouvements migratoires du milieu du premier millénaire. Ce sujet avait déjà été abordé ici et, en substance, rappelait que les Bretons insulaires ont été au moins plusieurs dizaines de milliers à franchir la Manche, depuis l'actuelle Cornouailles et Pays de Galles, ainsi que depuis l'extrême sud de l'Ecosse, et ont de fait supplanté les populations autochtones du nord et de l'ouest de l'Armorique.

Là où un éclairage nouveau apparaît ces dernières années, c'est à l'aulne des avancées en matière de généalogie génétique. Les travaux des historiens sont aujourd'hui éclairés par une autre source d'information qui demande à être maniée avec beaucoup de précaution : l'étude des haplogroupes humains. Un haplogroupe, dans l'étude de l'évolution moléculaire, est un groupe d'haplotypes, séries d'allèles situés sur le chromosome Y (ADN Y) pour le père et l'ADN mitochondrial pour la mère. Il sert de marqueur, d'appartenance familiale et par delà, de sous-groupes d'individus (terme préféré à celui d'ethnie). Il permet aisément de déterminer si deux individus sont issus d'un même ancêtre sur 3 à 20 générations.

Chaque individu possède en l'occurrence plusieurs marqueurs, issus des innombrables lignées identifiées en Afrique et en Asie. Leur étude est désormais croisée avec celles des historiens. De fait, le travail de ces derniers est tellement remarquable que la recherche génétique n'est venue, bien souvent, que corroborer leurs déductions.

Bien évidemment, pas question de verser ici dans l'eugénisme. Le danger est réel quand il s'agit de catégoriser des populations. Pour rappel, la mise en évidence de liens étroits entre les haplogroupes nordiques et dinariques (Bosnie, Croatie...) a ainsi été largement exploitée lors des génocides d'ex-Yougoslavie au milieu des années 90...

En Europe, les généticiens ont identifié une dizaine de groupes eux-mêmes divisés en des dizaines de sous groupes. L'âge varie fortement entre l'haplogroupe K apparu en Iran du nord il y a 40 000 ans et l'haplogroupe I2b1a identifié en Grande-Bretagne il y a moins de 3000 ans. Pour schématiser : plus on va vers l'Europe de l'Est, le Caucase, plus la population est porteuse majoritairement d'haplogroupes anciens. Logique, on remonte là le sens des migrations indo-européennes. 

 

"L'homme de l'Atlantide", l'haplogroupe R1b (civilisation des mégalithes) :

 

haplogroup type Europe de l'ouest

civilisation mégalithes

 

En Europe de l'ouest, l'haplogroupe de loin le plus représenté est le R1b, un haplogroupe dominant et bien antérieur aux celtes. C'est le marqueur de la civilisation des mégalithes (R1b). On le retrouve  chez 80 % des individus le long des côtes atlantiques, de l'Islande et d'Ecosse au pays basque espagnol en passant par l'Irlande et la façade atlantique de la France. Les généticiens ont par exemple identifié une très grande proximité de gênes entre Irlandais et Espagnols. 75 à 95 % des similitudes génétiques des Britanniques et des Irlandais proviennent d'Ibérie, donnant raison au mythe de Brutus de Bretagne pour qui l'Irlande a été peuplée massivement par les Ibères avec l'arrivée de l'agriculture.

En Bretagne, difficile de dégager une spécificité, à l'intérieur de ce vaste ensemble atlantique. La grande migration des IVe-VIe siècle étant nettement postérieure à l'identification des haplogroupes les plus récents il y a 3-4000 ans, elle ne permet pas d'identifier un sous-groupe humain précis. Seul constat : on y retrouve naturellement des proportions semblables à celles de l'ouest des îles britanniques. En revanche, il est intéressant de constater un substrat commun avec l'est de l'Angleterre : la présence significative de l'haplogroupe germanique. Il n'y a pas d'apparenté en l'occurrence entre ces deux régions. Le phénomène est même plutôt symétrique : les Anglais de l'est sont majoritairement des descendants des peuples germaniques (Angles, Saxons, Jutes) qui se sont mélés au substrat celtique des Bretons, tandis que les populations celtes d'Armorique puis de Bretagne ont été envahis par les Francs. La carte de l'haplogroupe germanique est assez édifiante et montre cette poussée germanique sur l'actuelle moitié est de la Bretagne, rappellant au passage que les comtés de Nantes et de Rennes ont longtemps fait partie de la Neustrie des Francs.

Sur la carte, les Francs semblent s'être arrêtés nets aux marches de la Bretagne. 

 

haplogroup i2b germanique

haplogroup i1 nordique



De même en Bretagne, la présence de l'haplogroupe nordique I1 est visible et montre l'étendue de l'expansion viking jusqu'à la Loire. Contrairement à certaines idées reçues, les invasions scandinaves ne semblent pas s'être limitées aux côtes normandes et bretonnes, mais se sont diffusées assez profondément à l'intérieur des terres.

Pour le reste, cinq autres grandes familles ont régné sur l'Europe, mais ne se sont pas de toute évidence aventurées si loin au bout du continent : on ne retrouve que peu de traces des haplogroupes nordiques des Balkans et d'Ukraine (ou dinariques, I2), slaves (R1a), caucasiens et ashkénazes (G), sémitiques-séfarades (J1), mésopotamiens (J2), ouraliens (n1c1), sans parler des... Huns (q) dont on retrouve aussi de façon étonnante la trace ou de l'haplogroupe "éthiopien" (E1b) qui semble presque reproduire en négatif la carte des pays celtiques.

Source : eupedia.com

haplogroup i2 nordique balkanshaplogroup r1a Europe de l'est

haplogroup g caucasienhaplogroup j2 mésopotamie

haplogroup j1 sémitiquehaplogroup n1c1 ouralien

haplogroup q hunshaplogroup e1b ethiopien